Incendie mortel à Saint-Julien-les-Villas trois mois après la pose d’un compteur Linky

Publié par AAVEC le 27 avril 2018 dans la catégorie Compteurs Linky

Discours de Josiane MAYOL, porte-parole des collectifs Stop-Linky de l’Aube

lors de la conférence de presse du 18 avril 2018 à Saint-Julien-les-Villas

Bonjour

Suite à l’incendie qui a ravagé une maison rue Haute-Moline à Saint-Julien, nous tenons tout d’abord à présenter nos condoléances à la famille et aux proches de la victime de ce drame.

En effet, dimanche 8 avril, la maison a pris feu, et les pompiers n’ont pas pu sauver la dame de 85 ans qui y habitait.

Nous tenons d’abord à nous étonner solennellement que la maison ait été rasée quatre jours seulement après l’incendie, comme si l’on voulait empêcher la justice de mener l’enquête approfondie qui s’impose.

À ce jour, la presse locale nous a dit que l’incendie s’était déclaré au niveau du compteur. À ce jour, pourtant, aucune information sur la nature de ce compteur n’a été communiquée. Y a-t-il des choses à cacher ? Nous sommes là pour exiger que toute la lumière soit faite…

Des témoignages spontanés nous ont appris :

1°) qu’un compteur Linky avait été installé dans cette maison le 16 janvier ;

2°) que le propriétaire se serait plaint à de nombreuses reprises auprès d’EDF qu’il y avait des claquements dans le compteur, et qu’on lui aurait répondu que cela était impossible et qu’il n’y avait pas de problème ;

3°) qu’une explosion, avec apparition de fumée,  s’est produite juste avant l’embrasement de la maison.

Cela ressemble beaucoup aux autres départs d’incendies provoqués par le compteur Linky. On en compte 218 en 2017 (source : presse régionale).

Parmi eux, en mars 2018, à Laxou (54) où une personne de 44 ans est décédée. Pas d’info…

A Bièvres, un garage adossé à la maison a pris feu dans la nuit du 1er au 2 nov. et menacé l’habitation toute entière. Un compteur Linky avait été installé en septembre 2017.

Le 22 février 2018, à l’Isle sur le Doubs, un habitant a vu sa maison entièrement brûler, alors qu’un compteur Linky avait été installé l’après-midi !

Ce compteur Linky pose bien d’autres problèmes. Au vu des circonstances, nous n’aborderons aujourd’hui que les problèmes liés aux incendies et à la sécurité des personnes et des biens.

Sur les incendies, Enedis se tait : alors que pendant la période d’essai il reconnaît huit incendies, il n’en reconnaît plus aucun depuis la pose systématique des compteurs.

Notre but ici est d’alerter la population et toutes les autorités compétentes du danger réel lié à la pose du compteur Linky. Est-ce que les victimes ne sont pour Enedis que des dommages collatéraux ?

Dans une province du Canada, suite à huit incendies attribués au nouveau compteur, il a été décidé de stopper l’installation et de remettre les anciens compteurs. Ces incendies étaient dûs à une conception défectueuse de la pose… En quoi cela nous concerne-t-il ?

–   Enedis n’a équipé ses poseurs que tardivement de pinces dynamométriques qui permettent d’assurer une fixation correcte des compteurs ;

–   dans plusieurs départements, des sociétés sous-traitantes d’Enedis recrutent des poseurs sans qualification aucune (les annonces parues dans leboncoin en témoignent), alors qu’il faut au moins un Bac pro pour travailler sous tension.

–   récemment, un stage de l’AFPA (Association de Formation Professionnelle pour Adultes) a été mis en place à l’intention des poseurs, au vu des «erreurs constatés sur le terrain».

Pourquoi aucune réaction, alors que depuis plusieurs mois les collectifs du département (Bar-sur-Aube, Romilly et Troyes) alertent sur les risques encourus, en organisant des réunions publiques et en s’adressant aux maires ?

On entend des propos ahurissants : «les compteurs appartiennent à Enedis, ou au syndicat d’énergie». C’est faux ! Les lois du 5 avril 1884 et du 15 juin 1906 attribuent la propriété des compteurs aux communes, confirmé par l’article L.322-4 du Code de l’énergie, même dans le cas où la commune délègue la mission de gestion de fourniture d’électricité à un syndicat départemental d’énergie. Le conseil municipal est donc censé voter le déclassement des compteurs avant l’intervention des poseurs, puisque les compteurs font toujours partie du patrimoine communal.

Mais lorsque les maires et les conseils municipaux décident de protéger leur population en votant une délibération refusant la pose des compteurs sur le territoire de la commune, ils subissent des pressions d’Enedis et de l’Etat, qui les mènent devant le tribunal administratif. L’association des maires de France est malheureusement un relais très actif de ces pressions.

Nous signalons que dans la mesure où Enedis n’est pas assurée (puisque c’est une entreprise publique), si des procès ont lieu, les parties plaignantes se retourneront contre les maires qui n’auront pas prévenu leur population des dangers possibles d’incendies… C’est pour des manquements de ce type que des maires ont été condamnées à de la prison ferme après la tempête Xynthia (digue fragile)…

Quant à Enedis, il passe en force, en ignorant la loi :  22 lois enfreintes. Par contre, qu’un incendie se déclare dans une habitation aux circuits électriques vétustes ou dans une maison récente (Bièvres), Enedis a le culot d’en rejeter la responsabilité sur l’usager sous prétexte que son circuit ne serait pas aux normes.

Non, la responsabilité de ces accidents incombe à Enedis, qui ne vérifie jamais l’état des circuits avant la pose. Et si cette remise aux normes est indispensable pour les nouveaux compteurs, pourquoi n’est-ce pas financé par Enedis ? Nos vies valent-elles moins que la course au profit ?

Lire l’article de Promotelec : Linky : faites intervenir un électricien qualifié

En effet, pourquoi Enedis fonce-t-il tête baissée ?

D’abord, les poseurs de compteurs reçoivent une prime au nombre de compteurs posés, Enedis lui-même recevra de l’Etat une prime si la pose se fait dans les temps.

Mais c’est surtout une question de gros sous : le remplacement de 35 millions de compteurs qui marchent va coûter 8 milliards … à Enedis ? Non, aux usagers qui paieront le compteur environ 130 € sur les factures à venir…  ! Et pour cela Enedis a contracté un prêt à 0,7 % que les usagers vont rembourser à un taux de 4,6 % selon le rapport de la Cour des comptes du 7 février 2018. Les usagers paieront donc un surcoût de 506 millions d’euros (2014 – 2031). Et cela recommencera dans quinze ans, si ce n’est avant, puisque le compteur Linky a une durée de vie que certains estiment à guère plus de 10 ans !

Selon le rapport de la Cour des comptes, « seuls les gains au niveau des consommateurs justifient économiquement le projet », car la « rentabilité économique est médiocre sur le seul périmètre de la distribution ».

Mais, plus encore, la collecte de nos données personnelles fera d’Enedis un opérateur de big data plus motivé par la vente de nos données personnelles à des fins commerciales que par la fourniture d’électricité et d’énergie aux usagers… S’abriter derrière un prétexte de transition énergétique est tout aussi inconvenant dans cette logique marchande, quand associations professionnelles et de consommateurs ont déjà proposé de nombreuses solutions qui associent la nécessaire régulation de la production et de la consommation d’énergie avec le respect de la vie privée !

Face à ce danger permanent, face à cette bombe à retardement, nous demandons à Enedis et aux autorités compétentes de :

–   faire toute la lumière sur les différents incendies qui se sont produits suite à la pose des compteurs (nous refusons le discours comme quoi il n’y aurait pas de preuve ; il suffit d’écouter le témoignage des habitants)

– stopper la pose des compteurs tant que la vérité ne sera pas établie sur le drame de Saint-Julien dans tout le département, par respect du principe de précaution inscrit dans le Traité de Maastricht de 1992 ;

– remettre immédiatement les anciens compteurs aux habitants qui le souhaitent et faire vérifier par Enedis si les compteurs installés sont bien en conformité avec les circuits.

Nous appelons également les citoyens à interpeller leurs municipalités pour qu’elles prennent des délibérations et des arrêtés interdisant la pose du compteur Linky sur le territoire de la commune pour protéger la population.

Car ce programme ne présente aucun intérêt pour les usagers ; il n’apporte que des inconvénients : risques graves pour la santé, captation des données personnelles pour une utilisation commerciale et politique (récentes affaires Direct Energie et Facebook), atteintes aux libertés, surfacturations, risques d’incendie, gâchis environnemental, dysfonctionnements et destructions d’appareils électriques, menaces et violences exercées par certains poseurs sous traitant, harcèlement des récalcitrants.

De plus, c’est une étape supplémentaire dans la disparition du service public (plusieurs milliers d’emplois sacrifiés) et son remplacement par des prestations tarifées, soumises à la concurrence et servant l’intérêt de grandes sociétés et de leurs actionnaires.

Enfin, au vu de tous les éléments du dossier, qui montre bien que, comme l’a souligné la Cour des comptes, le compteur Linky est une bonne affaire pour Enedis mais pas pour l’usager, les collectifs du département continueront à travailler pour que soit abandonné ce projet inutile, coûteux et mortifère.

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Il y a 4 commentaires.

  • hazeldothe dit :

    pourquoi laisser cet article, attendu qu’il a été reconnu que le feu n’était pas dû à l’installation d’un compteur Linky (à moins qu’il n’y ait d’autres infos…)

  • Daniel Jackson dit :

    Effectivement, et c’est d’autant plus bizarre que, cherchant à nouveau des infos sur cet incendie, on ne trouve pratiquement plus rien alors qu’il y avait une multitude de pages parlant de ce déblayage 4 jours après seulement…
    Il est bien évident qu’aucune contre-expertise ne pouvait donc être réalisée et cela n’est pas normal sachant qu’il y a eu un mort.
    Un nettoyage sur le web ne m’étonnerait guère…

  • Demarche dit :

    Il faut bien écouter le compte rendu du procureur de la république à la suite de l’expertise effectuée par … l’expert… et qui se contredit avec aisance, accusant les membres du collectif de faire dans le complotisme. Il faut oser!

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